8.7.13

Ayez le culte de l'esprit critique*

   La qualité de nos prises en charge en tant que professionnels de terrain repose sur des concepts théoriques. Cependant cette théorie ne doit pas être prise comme vérité absolue, elle doit être sans cesse remise en question. Ce qui est vrai en sciences l’est parce que rien d’autre ne prouve encore le contraire. Un œil critique est essentiel pour faire le lien entre la théorie et la pratique. C’est de ce regard critique dont il est question dans les articles écrit par Salmi LR [1,2]
 
   Salmi LR écrit en 1999 [1] «  une lecture critique alliant bon sens et rigueur méthodologique peut être le fondement d’un raisonnement clinique […] permettant d’assoir des décisions utiles et de qualité ». Salmi LR met à jour et augmente ce premier article paru dans la lettre de l’infectiologue dans l’EMC Médecine en 2004 [2]. Le GERAR analyse ces 2 articles pour mettre en lumière l’importance de cet esprit critique.

   Salmi LR divise son article [1] en 3 sous parties : sélection des revues, qualité des méthodes et utilité de l’étude.

   Une revue scientifique se doit de garantir une qualité à ses lecteurs par la relecture des manuscrits proposés. Cette relecture est réalisée par un comité de lecture, généralement 2 ou 3 personnes compétentes choisies par le rédacteur en chef, dans le domaine du manuscrit envoyé par un ou plusieurs auteurs. Ce comité de lecture est décrit en début de revue. Les dates de soumission et d’acceptation sont présentes au début de l’article. Pour aider les revues dans leur présentation, des comités de rédacteurs se sont réunis afin de produire des normes de présentations à suivre afin d’homogénéiser les revues proposant des articles scientifiques. La convention de Vancouver fait partie de ces normes qui rassemblent des règles techniques et déontologiques que tentent de respecter des centaines de revues nationales et internationales. Vous trouverez dans le document écrit par Peignier en 2004 toutes les normes Vancouver pour vos références bibliographiques.
Salmi LR termine cette première partie sur la sélection des revues par un point sur les conflits d’intérêts. Les conflits d’intérêts entre l’industrie et les comités éditoriaux existent et se doivent être explicités en début de revue. Tant que ceux-ci sont énoncés pour un article, celui-ci ne doit pas tout le temps faire l’objet d’une réfutation trop rapide, mais la méthodologie et les conclusions doivent bien être analysées. Les membres du GERAR vous renvoient au blog bien fourni d’un de ses collaborateurs, Hervé Maisonneuve.

   La qualité des méthodes doit répondre à la question posée par l’auteur. Le protocole, la sélection des sujets et le traitement statistique doivent être décrits avec précision. Ainsi le schéma d’une étude se doit de répondre à la question ou hyp énoncée en introduction. Est-ce qu’une étude de cas renseigne réellement sur la relation de cause à effet entre 2 méthodes de renforcement musculaire ? Il faut alors positionner son raisonnement autour d’hypothèses et rester vigilant concernant des affirmations trop rapides.
De plus, la description des méthodes de sélection et de mesures statistiques doivent être correctement explicitées afin d’éviter 3 grandes erreurs : les biais de sélection, les biais de mesure et les biais de confusion. La méthodologie du protocole est alors essentielle.

   Est-ce que l’étude que vous avez sous les yeux est utile dans votre pratique ? La pertinence de la question posée par les auteurs joue un rôle important. Pour l’auteur [1], le domaine de l’article et le manque d’originalité sont des raisons suffisantes pour ne pas lire l’article. L’article peut aussi manquer de pertinence au regard de la représentativité de la population testée. Exemple : Impact de la chaine cinétique ouverte chez des patients traités orthopédiquement alors que vous vous occupez seulement de patients opérés. La lecture critique continue et s’approfondie dans la partie conclusion de l’article. Quelles sont les conclusions, et quel est l’effet qui semble cliniquement significatif, et non seulement statistiquement significatif. L’intérêt de cette logique est de reconnaître ce qui est pertinent de retenir dans une pratique de terrain.

   Salmi LR, conclut son article sur la confiance donnée aux résultats, et si oui, sont-ils suffisants pour nous faire changer de comportement. Il rajoute qu’il n’existe pas une seule façon de lire un article, rapprochant la lecture critique à un mode de pensée et non à une technique.

   Dans son article datant de 2004, Salmi reprend beaucoup de paragraphes paru dans son article précédent et rajoute quelques illustrations intéressantes que vous retrouverez ci-dessous.




   L’auteur approfondit les raisons d’être de la lecture critique en posant 3 questions : Quelles questions se pose-t-on en pratique médicale quotidienne ? Quelles sont les difficultés rencontrées pour répondre à ces questions ? Quelles implications pour la pratique quotidienne ?
   Notre pratique quotidienne se voit souvent remise en question par les patients que nous prenons en charge. Qu’elles soient sur le versant thérapeutique, diagnostique, thérapeutique ou encore pronostic, les patients veulent des réponses. Celles-ci se doivent d’être guidées par ce qui est favorable pour le patient, par notre capacité à nous tenir informé et notre aptitude à rendre la réponse compréhensible et binaire : avantages et inconvénients pour le patient.
Les difficultés se rencontrent lorsque trop de réponses sont possibles ou que le thérapeute ne possède pas la ou les réponses. Ceci implique une perpétuelle recherche d’informations.

Avis du GERAR
   Les articles de Salmi, présentent rapidement les principes de lecture critique, ils ont le mérite d’être accessibles et résument bien les différentes étapes de sélection et les pièges à éviter.

   Depuis le début de l’aventure du GERAR, les membres et collaborateurs analysent et critiquent la littérature scientifique. Nous donnons notre avis et le diffusons au plus grand nombre afin de débattre autour de la rééducation/réhabilitation. A la dernière JAPA de Montpellier, où nous tenions un stand, plusieurs personnes nous ont posé cette question intéressante : sur quels critères et stratégies vous appuyez vous pour critiquer ces articles ou congrès ? La question sous-jacente à cette interrogation était : qui êtes-vous ? La réponse fut simple : Nous sommes des professionnels de terrains voulant prendre les décisions les plus adaptées. Une pratique basée sur les preuves est alors de mise. Ces preuves se retrouvent dans la littérature scientifique, il suffit d’ouvrir les revues qui vous intéressent. Cependant, ces preuves ne sont pas si faciles d’accès. La HAS nous livre alors des recommandations, mais celle-ci est critiquée, et à juste titre.

   La pertinence est un mot redondant dans les articles de Salmi LR. Quelles sont nos prises en charge pertinentes vis-à-vis des nouvelles recherches, publications, appareils utilisés, temps de prise en charge, techniques de rééducation/réadaptation ? Posez-vous la question, vous verrez qu’une remise en question est souvent nécessaire. Dans un esprit de pluridisciplinarité, osez-vous ouvrir aux autres professionnels de santé ou de la santé.

   Quelle est la place de la pensée critique dans nos formations respectives ? Est-ce que ce mode de pensée est approfondi dans les maquettes d’enseignements de nos futurs collègues ? Si oui, de quelle manière ? Si vous cherchez sur des moteurs de recherches lecture critique d’articles (LCA) vous retrouverez énormément de contenus de cours créés par des professeurs d’universités médicales.
   Plusieurs fois, et nous pensons ne pas être les seuls, des étudiants nous expliquant que lire des articles n’apportait rien de plus, et que c’était une perte de temps. Le message est surement mal passé. Les sciences de l’éducation intègrent la pédagogie et la didactique, pourquoi ne pas s’y mettre aussi ? Ce mode de pensée, pour reprendre les mots de Salmi LR, est largement accessible et se doit d’être partagé.

   Salmi LR évoque les comités de rédactions. Rôle pas si facile à tenir et les membres du GERAR le savent car nous réalisons plusieurs relectures attentives de nos manuscrits afin de vous proposer des billets contenant des critiques et des ouvertures argumentées. Nos relectures sont parfois longues et renvoient souvent à des discussions précieuses, malheureusement non visibles sur nos articles. Sachez que chaque collaborateur du GERAR est passé par cette relecture lorsqu’il a envoyé un manuscrit.

   La critique s’aiguise avec le temps, donnez-vous le temps de lire et de relire les articles que vous avez sous les yeux afin d’en tirer le maximum et n’hésitez pas à partager vos analyses sur le GERAR.

   Pour conclure, Salmi LR nous offre dans son article [1] un tableau sur les 10 commandements de la lecture critique, le voici ci-dessous.

MV.

[1] Salmi LR. Principes de la lecture critique d’un article scientifique. La lettre de l’infectiologue. 1999. Tome XIV – N°9 :411-5 – Accès restreint.
[2] Salmi LR. Lecture critique d’un article médical: à la recherche des innovations réellement utiles. EMC Médecine. 2004 ;1 :178-86 – Accès restreint.

* Louis Pasteur. (1822-1895)


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Printfriendly



Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...